Zuppinger Thibaud

Le 18 avril 2015, à l’Institut d’études européennes, Thibaud Zuppinger a organisé une journée d’études consacrée au canular scientifique, avec la participation de Clara Lévy, d’Anne-Marie Autissier et d’Alexandre Moatti. En voici les arguments et les axes problématiques, présentés par Thibaud Zuppinger.

 

Le monde de l’édition scientifique est à nouveau ébranlé par un canular : un article intentionnellement biaisé mais suffisamment travaillé pour passer les filtres de sélection.

 

Le procédé a eu son heure de gloire avec ce qui est maintenant connu comme l’affaire Sokal et Bricmont, et connaît depuis quelques nouveaux faits d’armes. On se souvient de la fausse étude sur le cancer, qui visait spécifiquement les revues en ligne. Dernièrement, c’est la revue Société qui a été visée, avec la publication de l’article Automobilités postmodernes.

 

Par son effet médiatique, les canulars connaissent un grand succès, et semblent apporter une preuve irréfutable. Mais une preuve de quoi au juste ? Que vise le canular ? En effet, il ne s’agit que rarement ou jamais d’un acte gratuit, purement ludique. Le canular cherche à démontrer quelque chose, et sa publication vaut démonstration - que ce soit le manque d’expertise des relecteurs, la faillibilité des procédures de sélection, ou de manière plus ciblée la dénonciation d’un auteur et de sa pensée.

  

Au delà de l’aspect ludique, le canular doit nous amener à nous interroger sur ce qu’il dénonce, et la manière dont il le fait. Cette journée d’étude portera spécifiquement sur ce procédé et cherchera à examiner les points suivants :

 

Quelle scientificité dans l’édition scientifique ? En effet, au delà de la revue ciblée, c’est toujours une remise en cause des processus de sélection censés précisément éliminer les articles non-pertinents. Le canular renforce la méfiance envers les auteurs au dépend d’un principe de bienveillance.

 

Le canular comme démonstration ? que vaut, de fait, la publication d’un canular ? Quel type de preuve apporte-t-il ? quelles conclusions peut-on en tirer une fois qu’il est rendu public ?

L’intention de l’auteur donne-t-elle la qualité de l’article ? Le canular est sciemment conçu pour à la fois être publiable, et ridicule une fois publié. Pourtant, il se doit de présenter un aspect sérieux, et la publication survient souvent après une véritable évaluation. Le thème de l’article qui a permis de le retenir, l’intérêt éventuel que l’on peut y trouver peut-il résister à l’intention de l’auteur de saboter son travail ?

Editer, vérifier, sélectionner, diffuser ? Le travail de l’édition scientifique n’a jamais été simple. Dès lors qu’elle s’attache à diffuser des idées nouvelles, ou différentes, l’édition scientifique prend le risque de déplaire. Ressort essentiel d’une liberté d’expression et d’une diffusion des idées, l’édition scientifique, notamment numérique, se doit d’affronter la disqualification de son support et la menace des canulars. Quelles menaces pèsent sur l’édition scientifique ?